Le projet « Glossae.net » et les gloses médiévales de la Bible latine, Martin MORARD (CNRS)

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La "Bible en ses traditions - Une Bible annotée en ligne pour le XXIe siècle" est un grand projet international en cours de réalisation, conçu et mis en oeuvre par l'Ecole Biblique de Jérusalem (projet BEST).
Associer au texte de la Bible chrétienne des passages significatifs de sa tradition exégétique est une pratique apparue dans l’Occident latin dès la fin de l’ère patristique. Malgré quelques ressemblances extérieures, ses origines, sa fonction et ses mises en pages sont très différentes de celles du Talmud, comme des gloses grammaticales héritées de l’Antiquité classique. Dès le VIIe siècle, les moines irlandais plaçaient de courtes phrases explicatives au-dessus des lignes du Psautier latin qu’ils récitaient chaque jour en entier. Tirées des commentaires d’Augustin, de Jérôme et de Cassiodore, elles les aidaient à psalmodier in persona Christi, c’est à dire à prolonger la prière du Christ, au nom et à la place de tous les membres de son corps mystique, en faisant leurs les sentiments et les situations exprimées par le psalmiste, comme s’ils étaient ceux du Christ ou de ceux qui lui appartiennent (Ph 2, 5). Peu à peu, cette méthode fut étendue à tous les livres de la Bible, non plus directement dans le but d’une appropriation du texte, mais plus largement dans celui d’une réception croyante sous la conduite des maîtres de la foi des générations précédentes : Pères et auteurs ecclésiastiques. Ces « gloses » prirent alors plus d’ampleur et furent disposées par intermittence dans les marges, de part et d’autre du texte biblique, comme des « pas japonais » orientant l’intelligence du parcours biblique. Il s’agissait alors de marcher le long des sentiers de l’Écriture en tenant les Pères par la main pour apprendre d’eux comment s’approprier l’Écriture, non comme des individus isolés, mais comme les membres d’une communauté organique et diachronique, l’Église, recevant à chaque génération le message du salut dans la lumière de l’intelligence de la foi héritée des Anciens. Déjà, pourrait-on dire, la Bible était lue « en ses traditions ».

 

 
 
Psautier glosé (Ps 11), copié à Saint-Gall vers 850/860
(Saint-Gall, Stiftsbibliothek 27, p. 58, © http://www.e-codices.unifr.ch)
 

Depuis lors, les gloses ne cessèrent de foisonner le long du texte biblique jusqu’à le rendre presque illisible, comme un rosier presque étouffé par les liserons.