Macaluso (Andrea), « Hraban et le Psautier glosé de Fulda (Frankfurt Barth 32) », dans Raban Maur et son temps, P. Depreux, S. Lebecq, M. J.-L. Perrin, O. Szerwiniack (éd.), Turhout, 2011, p. 325-354.

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Etude de la facture et du contenu d’un des deux plus anciens psautiers glosés carolingiens, le manuscrit Frankfurt (Main), Stadt-und Universitätsbibl., Barth. 032 daté des années 830-833. L’auteur soutient qu’il fut composé selon un plan unitaire par plusieurs mains contemporaines (malgré la forte disparité des systèmes graphiques en présence, insulaire et carolingien) et sans dépendre d’un modèle (antigrafo).  A la liste de psautiers glosés carolingiens qu’il propose (n. 4), il faut retrancher Orléans, BM 48 (de copie plus tardive), ajouter Troyes, BM 615 ainsi que les psautiers dits de Bruno de Würzburg qui sont des éditions du xie siècle de Sankt-Gallen, Stiftsbibl. 27. La version du Psautier Romain du manuscrit viendrait chronologiquement en troisième position après les deux psautier d’Augustin de Cantorbery et de de Salaberge .Mais cette vision un peu simpliste ne tient pas compte des psautiers triplex et de la fragilité des datations reçues. Aux deux mains identifiées, l’une insulaire, l’autre caroline, correspondent deux types de citations, l’un intégrale et l’autre synthétique, qui attestent une composition progressive de cette glose. Les changements de mains correspondent à des changements de sources et de traitement des sources. Dans le manuscrit , les gloses sur les titres des Psaumes et les gloses sur le texte ont été copiées de façon indépendante, les titres probablement en premier. L’auteur en conclut “con assoluta certezza” que “les copistes sont aussi les auteurs de la glose”, comme s’il fallait considérer les gloses carolingiennes comme des oeuvres d’auteur. C’est cette relative naïveté qui pourrait être reprochée à l’auteur. L’ordre de copie du manuscrit est reconstitué comme suit : 1. Lemme et glose des titres; 2. Gallicanisation du psautier par corrections marginales ; 3. Retour au Ps-Romain par une main contemporaine ; 4. Glose des Psaumes 1 à 4 par une main assez archaïque ; 5. l’autre main –aidée par au moins huit autres mains – procède selon les schémas du nouveau commentaire carolingien plus pédestrement compilatoire; 6. la copie des collectes psalmiques par une main insulaire serait intervenue en dernier (?). Enfin on regrette que l’histoire du manuscrit ne soit pas évoquée. Que sait-on vraiment de son origine. N’aurait-il pas été importé d’Angleterre à Fulda ? Les références aux abbés de Fulda sont toutes largement postérieures à la copie et qui plus est associée au calendrier, très postérieur au manuscrit. L’association du style graphique du copiste principale à la phase ultime de l’évolution de l’atelier de Fulda n’est-elle pas une pétition de principe ? Les efforts de gallicanisation du Psautier laissent penser à une “conversion” du texte liée à son arrivée à Fulda, ce qui permettrait d’accorder les traces d’une réception toute relative du Psautier Gallican à Fulda au viiie siècle avec la copie d’un psautier Romain  au début du ixe s.