Les principales gloses de la Bible du XIIe au XIVe siècle: note d'orientation

Version imprimable

 

pour citer cette page : ©Martin Morard_glossae.net_2016_06_06juin 2016
pour activer les liens : cliquer en pressant la touche CTRL de votre clavier]
Les Gloses de la Bible
Depuis le Haut Moyen Âge, le texte de la Bible a fait l'objet de plusieurs éditions glosées. Déjà au IXe siècle, des livres bibliques sont glosés (surtout le Psautier et le Cantique des cantiques, les épîtres de saint Paul), même si toute allusion à des "glosae" dans les catalogues anciens des bibliothèques ne renvoie pas nécessairement à la mise en page de la Glose biblique.
Seules sont mentionnées ici les versions les plus répandues qui ont influencé le plus largement la culture religieuse du Moyen-Âge  central et de la période moderne, mais il est bien entendu que l'histoire de la Glose biblique au Moyen Âge ne commence pas à Laon, ni quant au contenu, ni quant à la mise en page :
Glose de l'école de Laon (vers 1090-1130)
* titres anciens : Glosa, Glosa parva, Glosa Laonis
* titre moderne : Glose ordinaire (= version standardisée de la Glose de Laon)
Il s'agit d'un travail anonyme, en partie mené par les maîtres de l'Ecole de Laon (Anselme, Raoul). Walafried Strabon n’est pas l’auteur de cette Glose de la Bible. Il n'en existe aucune édition critique intégrale.
Les éditions postérieures à 1590 sont impropres au repérage des sources médiévales. Elles offrent un texte révisé selon des critères humanistiques par l’éditeur et théologien français François Feuardent (1539-1610) qui y a ajouté des citations d’auteurs inconnus des médiévaux, notamment d’auteurs grecs.
La version de la Glose qui figure dans la Patrologie latine de Migne est à éviter ; le texte n'est pas complet et il est fortement interpolé et ne peut servir à un travail scientifique d'identification des citations médiévales de la Glose. Il est conseillé de se servir plutôt des éditions de références disponibles en ligne.
Gilbert de Poitiers, Glosa [media] in Psalterium et epistolas Pauli (1130-1140)
* titres anciens : Glosa, Glosa media, Glosa Giliberti
* titre moderne : Glose de Gilbert de Poitiers ou de la Porrée
Il n'y a pas de trace de la diffusion manuscrite de ce texte avant 1140 et même 1150. 
Edition critique en préparation sous la direction de Karlfried Froelich et Therese Gross-Diaz.
Pierre Lombard, Glosa [magna] in Psalterium et epistolas Pauli (1150-1160)
* titres anciens : Glosa Lombardi, Magna Glosatura, Magna Glosa, Glosa ordinaria [in psalmos]
* titre moderne : Glose de Pierre Lombard
Hugues de Saint-Cher, Postilles sur toute la Bible
*titres anciens : Postille Hugonis prioris
*titre moderne : Postille d'Hugues de Saint-Cher
Cette Glose est attribuée par les plus anciens manuscrits à Hugues de Saint-Cher. Depuis quelques décennies, elle est aussi parfois appelée "Postille dominicaine", bien que ce titre devrait être réservé à la version abrégée et anonyme dérivée de la postille d'Hugues (ci-dessous).
Nombreuses éditions anciennes. Pas d'édition critique.
Postille dominicaine sur la Bible (1235-1240 c.)
* titre moderne : Postille dominicaine ; postille brève d'Hugues de Saint-Cher
Postille didactique composée pour une part d'une version abrégée de la postille d'Hugues de Saint-Cher, et pour une part de textes nouveaux ou antérieurs, abrégés.
Aucune édition imprimée.
Cf. Hugues de Saint-Cher (†1263), bibliste et théologien. Actes du colloque international tenu à Paris du 12 au 15 mars 2000. Éd. L-J. Bataillon, G. Dahan, P.-M. Gy, Paris, Turnhout, 2004 (Bibliothèque d’Histoire culturelle du Moyen Âge 1).
Thomas d'Aquin, Catena aurea in quatuor evangelia (1264-1268).
* titre d'usage : Catena aurea
Ce commentaire continu des quatre évangiles est composé de fragments choisis des Pères latins et grecs disposés à la suite des lemmes bibliques qu'ils commentent. Thomas l'a conçu exactement selon le même concept que les gloses bibliques de la tradition scolaire héritée de l'école de Laon, mais avec l'intention de les renouveller de fond en comble et de les remplacer par l'apport de sources neuves et de fragments plus étendus, certains traduits en latin pour la première fois à cette occasion. Il a souvant  apporté des modifications syntaxiques aux fragments reproduits et les a parfois liés par de courtes phrases et quelques interventions personnelles signalées par le titre "glosa". L'oeuvre a été utilisée comme une mine de références patristiques par les théologiens comme par les prédicateurs. Elle a été copiée par centaines d'exemplaires et son succès a dépassé toutes les autres gloses de la période médiévale. Il se prolonge jusqu'à nos jours. 
Pas d'édition critique, mais beaucoup d'éditions manipulées ou interpolées.
·         Thomas de Aquino, Catena aurea in quatuor Evangelia, Angelicus Guarienti éd., 2 vol., Turin-Rome, Marietti, 1953.
! Le texte des éditions Marietti est souvent fautif par rapport à la tradition manuscrite : erreurs dans les noms d’auteurs cités, dans le découpage des sentences et le texte lui-même.
Edition scientifique en préparation par G. Conticello (CNRS -LEM) et Martin Morard (CNRS - LEM). Édition nouvelle mise en ligne au fur et à mesure de l’avancement des travaux [texte de Marietti 1953 corrigé progressivement à partir d’un manuscrit témoin de la tradition universitaire, annoté et mis en forme, avec identification critique des sources bibliques et patristiques d’après les éditions critiques existantes.]
Nicolas de Gorran (fl. 1260 c.)
Plus diffusée au Moyen Âge que les postilles d'Hugues de Saint-Cher, parce que plus concises, mais plus difficiles à identifier parce que moins originales et très dépendantes des postilles d'Hugues et de la Postille dominicaine. 
Nicolas de Lyre, Postille in Bibliam (1325-1330 c.)
* parfois qualifiée de "glosa ordinaria" aux XIVe et XVe siècles
Contrairement aux éditions qui ont adopté une mise en page glosée, sur le modèle de la Glose ordinaire de la Bible et des Gloses juridiques, les manuscrits des postilles de Nicolas de Lyre n’adoptent qu’exceptionnellement une mise en page glosée.