Larson (Atria A.), "The Influence of the School of Laon on Gratian : The Usage of the Glossa ordinaria and Anselmian Sententiae in De Penitentia (Decretum C. 33 q. 3)", Medieval Studies, 72 (2010), p. 197-244.

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L'auteur part du rappel des acquis d'une étude antérieure [id., "The Evolution of Gratian's tractatus de penitentia", Bulletin of Medieval Canon Law, 26 (2004-2006), p. 59-123] qui montre que Gratien a composé son traité De penitentia non comme une collection canonique, mais comme un traité théologique "classique", avant de l'intégrer dans le Décret, initialement sous la forme d'un traité continu. La division en canons et dicta adoptée par les manuscrits tardifs et les éditions du Décret (par ex. Friedberg) n'est pas primitive. La forme de ce traité s'apparente donc à celle des recueils de sentences du nord de la France, bien qu'il soit plus "sophistiqué".

Fort de cette observation, Larson estime que l'Ecole d'Anselme de Laon est la seule à expliquer cet état de fait et cette méthode et il cherche à démontrer que le traitement de la pénitence par Gratien doit aux sentences anselmiennes sa principale source d'influence. Il estime ainsi trouver le maillon manquant du réseau d'influence exercées sur Gratien que Landau avait mis à jour [Peter Landau, "Gratian und di Sententiae Magistri A.", dans Aus Archiven und Bibliotheken : Festschrift für Raymund Kottje zum 65. Geburtstag, Hubert Mordek, Frankfurt-am-Main, 1992]. Il conclut que Gratien doit être considéré comme un membre de l’École de Laon et un disciple d’Anselme (p. 244).
L’article est divisé en trois chapitres :
Historiographical Background Linking Gratian to Anselm of Laon
Gratian’s De Penitentia and the Glossa ordinaria on the Bible
Gratian’s De Penitentia and the Sententiae from the School of Laon
Il faut saluer l'intérêt de cette étude tout en regrettant qu'elle n'ait pu tenir compte des acquis de la thèse de Cédric Giraud,  Per Verba Magistri, Anselme de Laon et son école au XIIe siècleBrepols, 2010 consacrée à l'Ecole de Laon, avec une attention toute particulière à la problématique des recueils de sentences qui s'en réclament, notamment les Sententiae Magistri A.
L’auteur ne renouvelle pas l’analyse des sentences anselmiennes proprement dites ; toute son approche s’appuie sur une littérature déjà ancienne, principalement Marcia Colish et Dom Lottin dont Cédric Giraud a pourtant profondément renouvelé la lecture.  
Concernant la Glose de Laon, l’étude renforce l’idée d’une première diffusion de certains livres de celle-ci dès les premières décennies du XIIe siècle, bien avant la copie des manuscrits les plus anciens parvenus jusqu’à nous. Contrairement à ce que dit l’auteur, la thèse de Theresa Gross-Diaz sur l’antériorité de la Glosa media sur la Parva, mais postérieure à un commentaire anselmien perdu est loin de faire l’unanimité. Nos recherches philologiques en cours sur la Parva tendent pour l’instant à prouver le contraire.  : "On the basis of Theresa Gross-Diaz [...] it is now widely believed (though not universally accepted) that the parva glosatura postdated the media glosatura because the parva glosatura appears to be a reworking of an earlier, nonextant commentary and/or gloss on the Psalms by Anselm of Laon combined with material from Gilbert's own gloss (the so-called media glosatura)." (p. 208 n. 30).               
A mon sens l’auteur ne fait pas la distinction entre les versions primitives et le texte standardisé postérieure à Gilbert ou édité par lui.     
Quoiqu'il en soit, son étude vise à contourner l'absence de rapprochements littéraux entre les textes laonnois (ou prétendument tels) et Gratien en se fondant sur des rapprochements idéologiques et méthodologiques pour conclure à une antériorité de la Glose par rapport à Gratien et donc à Gilbert de la Porrée. La conclusion est probable, mais elle est insuffisamment démontrée. Tout cela suppose évidemment qu'il faille bien dater Gratien des années 1120 et que les Sententiae Anselmi soient bien antérieures à cette date, ce qui est loin d’être prouvé (cf. C. Giraud, op. cit.).