Emmanuel Bain, L'étude du paratexte biblique aux XIIe-XIIIe siècles, Loxias, 20 (2008)

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  • Emmanuel Bain, « L’étude du paratexte biblique aux XIIe-XIIIe siècles »,  Loxias,  20,  mis en ligne le 28 avril 2008.

Essai d'appliquer à l'exégèse médiévale de la Bible le concept de paratexte développé par Gérard Genette (Seuils, Paris, 1987) qui distingue un paratexte auctorial, voulu par l'auteur (introduction, titres), et un paratexte allogène, ajouté par les éditeurs du texte (prologues hiéronymien, capitulation, gloses). E. Bain (ne s'intéressant ici qu'au paratexte auctorial) estime que les commentateurs du XIIIe siècle auraient su, dans le contexte du renouvellement exégétique qui les caractérise, distinguer le texte biblique du paratexte auctorial et fonder sur son statut intermédiaire, "à la fois partie intégrante du texte biblique et distincts de l’œuvre", l'éloge de l'œuvre et un guide d'interprétation de celle-ci. Enfin il se demande dans quelle mesure les commentateurs ont intégré ces analyses du paratexte au commentaire du texte.[Nonobstant les remarques très judicieuses de l'article,  on notera que l'analyse d'éléments paratextuels comme le titre, l'auteur, la matière,  le style, etc.  apparaissent dans les préfaces des commentaires bien avant la fin du XIIe siècle et font partie de l'héritage des grammairiens pour la forme et des Pères pour le fond. Le contraste mis en oeuvre entre commentaires du XIIIe siècle et Glose ordinaire est un peu artificiel, dans la mesure où la Glose ordinairen'a pas fonction de proposer un commentaire du texte biblique, mais les éléments traditionnels nécessaires à une réception traditionnelle ou ecclésiale de la Sacra doctrina que le commentateur a pour fonction de susciter. Le statut herméneutique du commentaire et de la Glose n'est donc pas tout à fait identique. On peut même aller plus loin en se demandant si l'exégèse du XIIIe siècle, avec la structuration des préfaces par   les quatre causes aristotéliciennes, n'a pas fini par noyer l'analyse des éléments du paratexte sous une approche conceptuelle moins littéraire que théologique, tandis que les prologues du XIIe siècle, avec leurs divisions par titre, auteur, matière, mode, etc. ne rendaient pas plus immédiatement perceptible la réalité du paratexte biblique. ]